UNE NOUVELLE ÉCONOMIE AFFECTIVE exposition à Kogan gallery

Accommodement

L’exposition présente une étape du projet « Une nouvelle économie affective » à Kogan gallery. 

L’économie affective représente des manières de vivre simples, économes et exprime les sentiments du vivant et du commun. Valeur des signes, sentiment de sa propre existence, amativité des choses, vie dans la forêt, … Des manières de vivre qui vont à l’encontre d’un monde hyper-technologique, consumériste et pulsionnel et qui sont autant d’expériences pour en penser un autre. Cette culture des milieux est développée à travers 20 concepts, esséité, signifiance, accommodement… ; l’exposition présente des images de ces concepts.

Dans l’exposition est décrit le processus de travail de cette première étape. D’abord via une représentation quasi immédiate, sans jugement et personnelle des concepts de l’économie affective sous forme de croquis. Puis une seconde représentation de l’ensemble des concepts de manière plus formalisée : dans celle-ci chaque élément du concept (empathie et sympathie, état d’autrui, valeurs, complémentarité, etc.) est traduit par une caractéristique visuelle : contact, angle droit, arrondis, torsion, groupements, … Ces caractéristiques sont déclinées formellement (images abstraites) ou à travers des postures. Enfin huit dessins présentent une tentative pour synthétiser ces deux approches, de la première sont retenus les éléments contextuels et sociaux qui permettent de saisir le concept plus directement, de la seconde sont choisis les éléments qui permettent de comprendre la construction abstraite du concept.

 

crédit photo : Diana Righini et Nicolas Guillemin

10 ANS

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Commission Arts Visuels, Nuit Debout, Paris place de la République, 2016

Cela fait à peu près dix années que j’ai quitté l’école des Beaux-Arts de Paris. Dix années bien remplies mais qui me donnent la rage aussi. La rage parce que ces dix années n’ont servi à rien.

En 2007, une crise financière énorme commence, de grandes banques disparaissent, des états vacillent. L’Europe précédemment premier espace économique du monde s’est retirée devant les Etats-Unis, puis la Chine. Aujourd’hui, si le centre du monde s’est déplacé vers l’Asie, son gouvernement ou faudrait-il dire la gestion de ses affaires n’a pas changé de manière. Le monde financier n’a pas changé ses pratiques, l’économie n’a pas abandonné son mode d’exploitation et l’on entend dire en ce moment que nous ne sommes pas loin d’une nouvelle crise. ↵ L’art contemporain, étonnamment, n’a pas trop souffert de ces temps difficiles, au contraire, avec une fièvre de construction de musées aux quatre coins du monde, il s’est plutôt développé. Mais l’art contemporain a pu ainsi s’accroître à la condition de devenir une industrie du spectacle. Ce faisant, les artistes ont renoncé a débattre d’un projet de société pour produire des flux esthétiques. Nous, les artistes, pouvons réagir. En refusant déjà de jouer le jeu inégalitaire et compétitif proposé par l’art contemporain. Mais aussi en reconstituant une pensée artistique, en choisissant les fonctions de l’art que nous voulons assumer (fonction de formalisation des imaginaires, fonction éthique, de conceptualisation, de mémorisation, fonction technique, linguistique, pédagogique, …). ↵ Pendant ces dix années, j’ai participé avec le groupe Ikonotekst et d’autres artistes et chercheurs à construire une zone pour expérimenter et faire vivre cette conception de l’art. A travers l’étude de la logique nous avons élaboré quelques outils pour penser et raisonner en image ; nous avons formulé une critique de l’art contemporain, pas seulement comme acteur économique, mais comme langage et théorie, enfin nous avons décrit des formes de vie essentielles, certaines menacées et d’autres à inventer. Ce sont quelques pistes pour commencer ce déplacement épistémologique et politique. ↵ Le capitalisme en outrepassant les limites de la terre (climat, biodiversité, fertilité, …) met en question son existence même. À ce stade, ce ne sont pas des ajustements qui permettront d’empêcher des catastrophes, mais une transformation plus profonde. Les problématiques écologiques, décoloniales, féministes, antispécistes sont autant de revendications positives, mais également éparses et qui ne trouvent pas encore de traduction politique majeure.

Dix ans, c’est à peu près le temps que nous avons pour éviter que le changement de climat ne soit fatal à l’espèce humaine si l’on en croit les scientifiques. Nous avons donc dix ans pour penser, mettre en image et actes ce changement de société.

DESSINER l’économie affective

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L’objectif de cette session hivernale de travail est de réaliser une suite de 20 dessins. Ces dessins sont la représentation de concepts, amativité, exonomie, sensonance,…

Ils sont pensés pour fonctionner ensemble comme une théorie visuelle. Un peu comme le tarot de Marseille, mais sans son côté mystique*. Les cartes du jeu de tarot sont aussi une source d’inspiration, leurs images sont organisées ( les 4 âges, les 4 périodes du jour, les 4 éléments, les 4 loisirs, les 4 saisons, le jeu, la folie) et montrent les formes de vie d’une époque (les jeux des enfants, l’art, la tonte des moutons,…).

Le projet est de traduire les 20 termes de l’économie affective sous la forme d’images. Ce travail inclut deux aspects, une recherche sur le concept (notions imbriquées, relations aux autres concepts, définition) et une autre sur la mise en image de formes de vie. Des formes de vie essentielles, soit menacées ou invisibles, soit à inventer.

* le tarot divinatoire est aujourd’hui utilisé de manière occulte, dans le sens d’une tradition que seuls les adeptes connaissent. On peut voir le tarot autrement, d’abord historiquement, le tarot représente des figures de la société de la toute fin du Moyen Âge, sous cet aspect il est plus proche d’un jeu de 7 familles, ou des images du jeu de tarot, le tarot français. Ensuite, le tirage permet de donner place au hasard dans le jeu de lecture du tarot. Il est la traduction de la présence du hasard dans notre existence. Et dernièrement, plutôt que de considérer, le sens donné par les carte comme une divination, l’énoncé d’une destinée, on peut le considérer comme une réponse, une proposition de vie ou une interprétation que les cartes et le tireur de cartes formule.

CONCEPT, RAISONNEMENT, IMAGE cahier de recherche pour Une nouvelle économie affective

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Cahier de recherche pour Une nouvelle économie affective, mai 2017, Montreuil

Dans le but de produire des images des 20 concepts de l’économie affective, je réalise un cahier de recherche sur les notions de concept, de raisonnement et d’image.

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« Les 20 mots de l’économie affective ne sont pas simplement des notions isolées, des définitions, ils sont aussi le produit d’un raisonnement. Ce raisonnement est une transition conceptuelle : ces mots sont nés d’une certitude, celle d’être bloqué, bloqué dans un monde post-moderne, contrôlé, dogmatique, dans lequel nous sommes réduits à l’impuissance, devenus des consommateurs débiles, où seule l’expression d’une pulsion, sexuelle ou insurrectionnelle semble pouvoir nous libérer un bref instant du pouvoir qui s’infiltre partout dans notre vie.

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Mais la présence et l’étrangeté de ces nouveaux mots délimite une hypothèse : nous ne sommes pas coincés complètement par ce pouvoir, nous ne sommes pas condamnés à  nous identifier mentalement à ses images et sa pensée, dans notre chemin nous avons déjà bifurqué, emprunté des routes différentes de celles que la pensée post-moderne avait tracées pour nous. L’hypothèse de ces mots [20 termes de l’économie affective] c’est que nous pouvons effectuer une transition conceptuelle, une transition à partir de notre situation de pensée et de vie actuelle vers une autre situation, un monde non-post-moderne, un monde qui est celui de l’économie affective. »