
Court est-il vraiment l’inverse de long ? L’épaisseur s’oppose-t-elle nécessairement à la finesse ? Pourquoi un lac ne possède-t-il pas de sommet ? Une porte peut-elle être « longue » ? Où se situe le milieu d’une montagne ?
Nous avons l’habitude de percevoir les formes à travers des notions binaires — haut et bas, droite et gauche — comme si cette grille de lecture constituait une vérité universelle. Or, cette vision n’est ni naturelle, ni inévitable. Les linguistes ont démontré que de nombreuses langues ignorent ces concepts ; le rapport des humains à l’espace et à la forme y est radicalement différent de notre géométrie scientifique.
Les chercheur·euses Anna Wierzbicka et Cliff Goddard ont ainsi analysé les mots et concepts fondamentaux communs à toutes les langues humaines, qu’iels nomment « premières sémantiques » (semantic primes). Leur recherche montre notamment que les notions de couleur et de forme, souvent considérées comme universelles en Occident, sont en réalité propres à certaines cultures. Certains peuples n’ont, non seulement, pas de mot pour la couleur, mais ils ne possèdent pas le concept lui-même. Prolonger la conception universaliste de ces catégories participe d’une tendance coloniale : imposer une pensée sous couvert d’objectivité scientifique.












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