10 ANS

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Commission Arts Visuels, Nuit Debout, Paris place de la République, 2016

Cela fait à peu près dix années que j’ai quitté l’école des Beaux-Arts de Paris. Dix années bien remplies mais qui me donnent la rage aussi. La rage parce que ces dix années n’ont servi à rien.

En 2007, une crise financière énorme commence, de grandes banques disparaissent, des états vacillent. L’Europe précédemment premier espace économique du monde s’est retirée devant les Etats-Unis, puis la Chine. Aujourd’hui, si le centre du monde s’est déplacé vers l’Asie, son gouvernement ou faudrait-il dire la gestion de ses affaires n’a pas changé de manière. Le monde financier n’a pas changé ses pratiques, l’économie n’a pas abandonné son mode d’exploitation et l’on entend dire en ce moment que nous ne sommes pas loin d’une nouvelle crise. ↵ L’art contemporain, étonnamment, n’a pas trop souffert de ces temps difficiles, au contraire, avec une fièvre de construction de musées aux quatre coins du monde, il s’est plutôt développé. Mais l’art contemporain a pu ainsi s’accroître à la condition de devenir une industrie du spectacle. Ce faisant, les artistes ont renoncé a débattre d’un projet de société pour produire des flux esthétiques. Nous, les artistes, pouvons réagir. En refusant déjà de jouer le jeu inégalitaire et compétitif proposé par l’art contemporain. Mais aussi en reconstituant une pensée artistique, en choisissant les fonctions de l’art que nous voulons assumer (fonction de formalisation des imaginaires, fonction éthique, de conceptualisation, de mémorisation, fonction technique, linguistique, pédagogique, …). ↵ Pendant ces dix années, j’ai participé avec le groupe Ikonotekst et d’autres artistes et chercheurs à construire une zone pour expérimenter et faire vivre cette conception de l’art. A travers l’étude de la logique nous avons élaboré quelques outils pour penser et raisonner en image ; nous avons formulé une critique de l’art contemporain, pas seulement comme acteur économique, mais comme langage et théorie, enfin nous avons décrit des formes de vie essentielles, certaines menacées et d’autres à inventer. Ce sont quelques pistes pour commencer ce déplacement épistémologique et politique. ↵ Le capitalisme en outrepassant les limites de la terre (climat, biodiversité, fertilité, …) met en question son existence même. À ce stade, ce ne sont pas des ajustements qui permettront d’empêcher des catastrophes, mais une transformation plus profonde. Les problématiques écologiques, décoloniales, féministes, antispécistes sont autant de revendications positives, mais également éparses et qui ne trouvent pas encore de traduction politique majeure.

Dix ans, c’est à peu près le temps que nous avons pour éviter que le changement de climat ne soit fatal à l’espèce humaine si l’on en croit les scientifiques. Nous avons donc dix ans pour penser, mettre en image et actes ce changement de société.